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[ Balade au Clos des Capucins ]

A tavers le domaine du Clos des capucins

Ce circuit invite à la découverte du Clos des capucins, hier et aujourd'hui, thème de la Journée du patrimoine 2005 à Meylan.
21 étapes vous sont proposées vous emmenant à travers le domaine du Clos et à l'intérieur de ses bâtiments
(voir ci-dessous les deux plans téléchargeables).
Pour compléter ces circuits, nous vous proposons un texte de présentation de ce patrimoine meylanais.

Bonne balade !

Le château du Cizerin : 1666 - 1756

Au début du dix-septième siècle, le clos des Capucins s'appelait le château du Cizerin.

La famille du Faure

Il était alors possédé par François du Faure, président du Parlement de Grenoble depuis 1594. Dans les années 1620, il devient intendant du Languedoc. Sa fille Justine hérite des biens considérables de son père dont le château de Cizerin à Meylan. Elle épouse le 5 février 1640 le conseiller François Guérin, seigneur de Tencin. Ils eurent trois enfants : François, sénateur au Sénat de Chambéry, Louise et Antoine. Ce der-nier fut le père de la fameuse Madame de Tencin, mère naturelle du philosophe d'Alembert.

Le 3 février 1666, Justine du Faure se sépare du château et le vend pour douze mille livres à Gaspard Guigou de Chapollay.

L'acte mentionne :
"à savoir le domaine de Sezerin ... qu'elle possède entre les paroisses de Corenc et Mélan, lequel est présentement tenu partie en arrentement par Claude Lajon, et l'autre moitié par Pierre Lajon, consistant en maisons, pigeonniers, cour, plassages, jardins, granges, pressoirs, vignes, bétail, meubles vinaires et ce qui se trouvera présentement dans les dits bâtiments, les semences ..."

La famille Guigou de Chapollay

Gaspard Guigou de Chapollay est président du bureau des finances du Dauphiné. Le 24 juin 1670, il fonde dans cette maison une chapelle sous le vocable de Notre-Dame de la Purification. Il la bâtit "dans un lieu bien séant, voûté ... bien orné et fermé hors du bruit et de toute ser-vitude" pour y faire célébrer la messe la fête de l'Assomption de la sainte Vierge. A sa mort en 1681, le château passe à sa femme et à son fils Louis.
Louis décède en 1714.
Ce n'est qu'au décès de sa mère que s'effectue le partage. Ses sœurs Louise de Gumin d'Hautefort et Françoise de Ricol en héritent. Puis la propriété passe dans les mains de la famille de Gumin d'Hautefort. A la mort sans postérité d'Antoine d'Hautefort, c'est un cousin éloigné Hyacinthe Meffray de Césarges qui en hérite en 1756.

La famille Meffray de Césargues : 1777 - 1855

Vers 1777, François de Meffray de Césarges achète le château du Cizerin. C'est un riche propriétaire qui possède déjà le château de Césarges près de Maubec et celui d'Hautefort près de Voiron. Son fils Achille de Meffray hérite du château en 1811 à la mort de son père. Il est né en 1781.
Député de l'Isère en 1824, il démissionna à l'arrivée de Louis-Philippe en 1830.

"Un des hommes les plus élégants de Paris, ... un homme de très bonne compagnie, point dédaigneux pour ceux qui n'étaient pas à la hauteur de ses habitudes brillantes et mondaines."

En 1832, il hérite du château de Vourey et s'y installe.

Il vend le clos aux Capucins en 1855.

L'acquisition de la propriété : 11 octobre 1855

L'expulsion de Savoie

Dans la première partie du dix-neuvième siècle, les Capucins étaient bien implantés en Savoie, à Chambéry, Annecy et Montmélian. Ils sont contraints de partir de la Savoie car le gouvernement sarde, régissant la Savoie, mène une politique de persécution contre les ordres religieux. Le gouvernement pro-mulgue le 29 mai 1855 un décret, la loi Rattazi du nom du ministre italien, Urbano Rattazi, appelée loi d'incamération ; elle supprime les communautés religieuses avec confiscation de leurs biens :

"Cessent d'exister comme êtres moraux reconnus par la loi civile, les maisons d'ordre religieux existant dans les Etats, qui ne s'adonnent pas à la prédication, à l'enseignement et à l'assistance des malades."

L'achat de Meylan

Le 25 juillet 1855, les Capucins de Chambéry sont expulsés de Savoie.

C'est le Père Ambroise qui est chargé de rechercher en France un nouveau couvent. Après des investigations infructueuses pour trouver un endroit convenable, il découvre à Meylan "un vieux manoir à vendre". Après avoir hésité car le domaine lui paraît trop grand, mais faute de mieux et pressé par les circonstances, il décide de son acquisition.

Le pape Pie IX lui accorde libenter toutes les dispenses souhaitées : "la facoltà data al nuovo convento della Provinca di Savoia in Francia di vendare gli erbaggi ed prodotti dell'orto e del giardino per sostenere le spese necessarie per gli interessi del capitale stabilite [per gli acquisti] del convento, per le chiese ed per gli altri bisogni della Comunità."

De retour en France, il soumet à l'évêque de Grenoble, Mgr Ginoulhiac, son projet, lequel l'approuva. Il demande également les dispenses nécessaires à la Sacrée Congrégation. Une fois toutes les autorisations religieuses obtenues, il signe l'achat de la propriété devant un no-taire de Noyarey, maître Rajon, le 11 octobre 1855 pour 57 000 francs or.

Le Clos des capucins : 1856 - 1868

Les Capucins vont transformer le château en couvent appelé dès lors le Clos des Capucins.

Les premières réparations

A leur arrivée, le château était en mauvais état. La charpente et la toiture du bâtiment principal sont refaites. Des fenêtres sont aménagées.

L'église

Dès 1856, le Père Ambroise commence la construction de l'église. De style gothique, elle est l'œuvre de Théodore Fivel, architecte mauriennais, auquel on doit de nombreuses églises. Son financement est assuré par la Grande Chartreuse. La première pierre est posée le 10 mai 1857. Inaugurée et bénite par le Père Ambroise le 2 août 1859, l'église est consacrée par l'évêque à la Vierge Immaculée le 17 septembre 1864. La pierre du maître-autel est d'un seul bloc. Elle provient des carrières de l'Echaillon et se trouve maintenant dans la cha-pelle Don Bosco. Les chapelles latérales sont pourvues de statues et de niches d'autels en bois adaptées au style.

La cour et les nouveaux bâtiments

En 1858, on construit un étage supplémentaire avec quinze cellules sur ce qui s'appelait l'orangerie. Le couvent devient le plus grand couvent de province avec trente-deux cellules.

Devant l'affluence des religieux en provenance d'Italie, on va devoir construire une nouvelle aile. Grâce à un don, deux salles d'étude, vingt cellules, un atelier et un jardin d'hiver sont entrepris. En 1867, on déplace la belle fontaine de pierre qui se trouvait primitivement à l'entrée pour la mettre dans la nouvelle cour d'honneur. Tous les travaux sont achevés en août 1868.

La vie quotidienne au Couvent : 1856 - 1880

Prière et prédication

La vie est rythmée par la prière, l'étude, les travaux de la vie quotidienne et les prédications dans les paroisses.

Les travaux de la vie quotidienne

A chaque Capucin du couvent est assignée une fonction : portier, tailleur, linger, vigneron, jardiniers, cuisinier, ...

Un des capucins, le Frère Bernard, un Italien originaire de Lorette, ayant passé quatorze ans au Chili, chargé de la culture de la vigne, avait une technique toute particulière pour tailler la vigne qui donnait d'excellents résultats : à la taille sèche, il ne conserve qu'un sarment sur chaque souche, et ce sarment est pris aussi bas que possible et taillé depuis 80 cm jusqu'à 1,50 mètre de longueur suivant la vigueur. Dix ans après la plantation, les Capucins jouissaient d'une charmante promenade formée de 2.400 ceps, qui leur produisaient 240 hectolitres de vin soit 10 litres par cep ! Sa méthode sera largement utilisée par les autres vignerons meylanais.

Une grande personnalité, le Révérend Père Ambroise d'Ugine

Le Révérend Père Ambroise, de son véritable nom Eugène Tissot, était né le 20 décembre 1805, à Ugine en Savoie.
D'une vocation précoce, il commence son noviciat à seize ans. Son temps de probation achevé, il s'applique pendant six ans aux études cléricales qu'il termine en 1828, en étant ordonné à Grenoble le 20 septembre.

Il montre de rares dispositions. Très vite, il est considéré par tous comme un homme de grand caractère et un remarquable prédicateur. Il prêche deux fois le carême à la cathé-drale de Chambéry puis dans bien d'autres villes de France.

Il cherche avant tout, dans ses prédications, à instruire son auditoire et, selon lui, la première partie d'un sermon, devait toujours être dogmatique. Ses discours étaient profonds, solennels, parfois un peu trop élevés pour l'auditoire. Il prêche à Marseille, Toulouse, Montpellier, Lyon et une dizaine d'autres villes.
Deux sermons sont restés célèbres : l'un sur La nécessité de pénitence, l'autre en faveur de L'oeuvre des Dames du bon Pasteur.

"Ses qualités extérieures donnaient encore du relief à sa parole. De taille un peu en dessous de la moyenne, sans être petit, il avait un port digne et majestueux, une barbe vénérable, une voix bien timbrée, une figure austère et quelque chose de fort distingué dans les manières. Tout en lui était grave et presque solennel ce qui donnait parfois un peu de raideur à sa voix et à l'ensemble de sa personne, et intimidait ceux qui ne le connaissaient pas".

Très intelligent, il est appelé aux charges de la Province. Administrateur à 28 ans, il était nommé Définiteur provincial et y est maintenu pendant douze ans de 1833 à 1845.
C'est sous lui que la mission des Seychelles fut confiée à la Province de Savoie, et il en fut, en sa qualité de Provincial, le premier préfet apostolique.

"Le Père Ambroise avait en outre reçu en partage les quali-tés éminentes qui font les hommes supérieurs dans le gouvernement de leurs semblables et dans l'administration des affaires : c'est là surtout qu'il excella."

Atteint de congestion pulmonaire, il reçut les derniers sacrements du Révérend Père Basile et expira doucement au couvent le 18 décembre 1890.

L'expulsion : 4 novembre 1880

Les causes

Vers 1878, la grande évolution vers l'école laïque et gratuite avait déclenché une querelle contre les congrégations. Le président du Conseil, Freycinet, prit un décret le 29 mars 1880 donnant un délai de trois mois aux associations non autorisées pour obtenir l'approbation de leur statut.
Jules Ferry, alors président du Conseil en septembre 1880, appliqua le décret : 261 couvents furent fermés et 5.643 religieux expulsés.
A Grenoble, le préfet, Léonce Ribert, républicain libéral, classé comme "franc-maçon zélé" fit appliquer strictement le décret.

Une triste journée : le 4 novembre 1880

Une compagnie d'une quinzaine d'agents de police se présente à la porte. Refus d'ouvrir. Treize capucins et une dizaine de Meylanais s'y sont barricadés.

Une foule estimée à deux cents personnes entoure le couvent. L'expulsion va durer toute la journée. Il faudra enfoncer quatorze portes et expulser manu militari huit Capucins. Des insultes seront échangées.

Quatre actions judiciaires seront engagées. Les scellés seront apposés. Les Capucins retourneront en Italie près de Turin.

Le 1er octobre 1881, ils vont vendre au Marquis de Monteynard les bâtiments pour éviter la saisie.

Ils partirent ensuite s'établir dans les missions au Liban et au Brésil.

En 1887, quelques Capucins revinrent à Meylan et y mènent une vie très discrète jusqu'en 1903. Huit jours avant l'expulsion de la Grande Chartreuse (29 avril 1903), un juge de paix vint apposer des scellés sur le couvent des Capucins. Les derniers occupants étaient partis la veille.

La période du Séminaire : 1906 - 1925

Une installation difficile

En décembre 1906, après les inventaires et la confiscation des biens du clergé, le grand Séminaire de Grenoble va s'installer dans les bâtiments inoccupés des Capucins.

Le déménagement a lieu mi-décembre dans le froid et la neige. Et on n'avait pas prévu une installation si rapide ; il eut fallu faire un minimum de réparations. Dans les chambres, le thermomètre descend à -22°C à la fin de décembre. Il faut venir à la cuisine pour se réchauffer.
Des aménagements durent être faits et la rentrée des 69 élèves eut lieu le 18 février 1907.

Pendant la guerre de 1914

Durant la guerre, les bâtiments sont réquisitionnés et servent d'hôpital militaire.

Quarante-sept séminaristes de Meylan sont mobilisés durant la guerre de 1914.
Quinze d'entre eux sont morts pour la France.

Après la guerre, le séminaire reprendra son activité.

L'inauguration du grand Séminaire, chemin de la Carronnerie, en octobre 1925, libère les bâtiments et permet le retour des Capucins.

La transformation en Hôpital militaire : 1914 - 1919

Dès le début de la guerre de 1914, le sSéminaire fut réquisitionné comme hôpital militaire. Ce fut l'hôpital 75 bis. On y installa jusqu'à soixante-dix lits.

Il fut animé par Mme et Mlles Giroud, Mme Victor Pagès, Mme Lescot comme infirmières.
Pendant toute la guerre, il fut dirigé bénévolement par Marc Giroud.

Marc Giroud

Marc Giroud était alors bâtonnier des avocats du barreau de Grenoble.
Né à Moirans le 24 novembre 1866, il était une figure des plus distinguées et des plus attachantes du barreau grenoblois. Spécialiste du droit civil, sa carrière était exceptionnelle et il la menait avec conscience et droiture.

"La Municipalité de Meylan s'honore de compter parmi ses membres un de ces héros de l'arrière dont l'œuvre est d'autant plus méritoire qu'elle est modeste et sans éclat, et doit être signalée. Le conseiller municipal Marc Giroud, bâtonnier de l'ordre des avocats du barreau de Grenoble, administrateur de notre Hôpital pendant plus de 52 mois de guerre, s'est consacré sans compter au soulagement de nos chers blessés.
C'est un devoir de reconnaissance pour le maire de rappeler l'œuvre de
M. Giroud, car il ne saurait oublier que c'est sur sa demande que ce dernier accepta la lourde tâche dont il ne cesse de s'acquitter avec tant de désintéressement, car il a sacrifié pour le présent et peut-être pour un avenir indéterminé sa carrière d'avocat."

(Séance du Conseil municipal du 29 décembre 1918)

Le petit cimetière

Son établissement

En 1857, le Révérend Père Ambroise obtient l'autorisation de créer un petit cimetière.
Situé à l'est du jardin potager, il est clos de murs en 1874.
La croix de pierre est donnée par l'abbé Biron, curé de Sassenage et bénite par le Révérend Père Edmond, définiteur et gardien du couvent.

Les religieux qui y reposent

Dans le petit cimetière reposent 38 religieux dont quelques religieux décédés à Chambéry.
Vingt-cinq inscriptions ont été apposées. Sur chaque plaque, le religieux est connu sous un prénom (qui n'est pas celui de sa naissance, mais celui qu'il porte en religion) suivi du lieu de sa naissance.
On ne commença à apposer les petites plaques blanches de marbre qu'après le retour de 1925. Auparavant, seules trois grandes plaques de pierre avaient été posées pour les membres marquants de l'ordre : Bernardin de Thônes, Ambroise d'Ugine, Alphonse de Rumilly.

Le Frère Maximilien fut le dernier religieux à être enterré (24 janvier 1972).

"Le Père Bernardin est une bibliothèque savante ; il sait tout ; il a tout lu, et avec cela, il ne prêche pas les autres, il crée."
Mgr Ginoulhiac, La Semaine religieuse.

Le départ des Capucins : 1972

Le départ

Après la seconde guerre mondiale, la Communauté se réduit en nombre.

Devenu trop grand pour eux, les sept derniers Capucins quittent le couvent en 1972 pour s'installer à Bouquéron sur la commune de Corenc.

Ils ont quitté Corenc en 2004 pour Annecy.

L'acquisition du clos des Capucins

Après quelques discussions au Conseil municipal, la ville de Meylan a acheté le couvent en 1976, pour plus de deux millions de francs en s'engageant à respecter les lieux en souvenir des Pères Capucins.
Depuis cette date, les bâtiments abritent différentes associations et accueillent des centres aérés.

La ville a replanté des pieds de vigne et conservé l'ancien pressoir des Capucins dans une salle où se trouve rassemblés divers objets se rattachant à cette culture, outils appartenant à l'Association du Patrimoine meylanais.