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[ Horizons ]

Henri Biron, un homme, une nature

Mai 2017

Interview de l'un des fondateurs de Horizons qui a milité toute sa vie pour une société à dimension humaine en harmonie avec la nature.

Qui êtes-vous, Henri Biron ?
Je suis né il y a 80 ans à La Tronche mais j'ai tout de suite habité chez mes grands-parents à Meylan, où j'ai passé toute mon enfance et ma jeunesse. Je suis donc un Meylanais de cœur, par la naissance et par ses racines. Plus tard, je suis entré au centre d'apprentissage de Merlin Gerin et j'ai donc été 20 ans électro-mécanicien. J'en suis parti après mai 68 pour devenir permanent du PC au niveau du département pendant 10 ans. J'ai fini ma carrière professionnelle en 1996 après 4 années passées à la fédération des œuvres laïques de l'Isère où je vendais des séjours en centre vacances, en classes de découverte, etc.

Votre milieu familial vous prédisposait-il au monde associatif ?
Pas du tout. J'ai perdu ma mère à la naissance et mon père était forain.

Alors comment expliquez-vous cet engagement intense que l'on va découvrir dans la suite de cette interview ?
J'ai toujours été très sensible à l'injustice, et j'ai la conviction qu'il faut prendre la parole pour défendre le monde du travail et la jeunesse. D'où déjà mon premier engagement dans les jeunesses communistes. En fait, il ne faut jamais rien lâcher. On peut avoir des moments de désespoir, mais il ne faut pas désespérer. Et puis pour militer longtemps, il faut aimer. Aimer le pouvoir certes, mais aussi aimer servir les autres et avoir de bonnes relations avec eux. Horizons a su garder ça, en partie grâce aux femmes qui sont bien plus nombreuses qu'il y a 40 ans et qui, quand elles s'engagent, le font avec la tête et avec le cœur.

Horizons, justement, parlons-en...
A mon retour (car je me suis aussi engagé 3 ans dans la marine comme radariste), on était un groupe de jeunes communistes, et il y avait aussi des jeunes cathos de la JOC (Jeunesse ouvrière catholique). Nous avions les mêmes valeurs d'humanisme et attentes de jeunes à réaliser ensemble. On s'est dit : « Si on faisait une maison des jeunes ? ». On a alors lancé une pétition qui a recueilli beaucoup de signatures. Le maire de l'époque a alors installé un préfabriqué dans la cour de l'ancienne mairie de Meylan et ce fut le début de ce qui deviendra Horizons.

Quel regard portez-vous sur son évolution ?
A Horizons, je trouve qu'on a bien fait les choses. Ça a marché, ça a grandi et maintenant ça s'est professionnalisé. Parti d'un groupe de jeunes dans toute sa diversité, c'est devenu désormais incontournable à Meylan.

Vous n'avez participé qu'à l'aventure d'Horizons ?
Non. Quand je suis arrivé dans le quartier, je suis entré à l'UQBGP où j'ai notamment créé la commission environnement avec Bernard Peyrodin. Je suis aussi à l'association Meydia. Mais j'ai aussi une deuxième grande passion dans la vie : la nature. Pour moi, Meylan, c'était la nature. Mes amis d'enfance étaient des fils d'agriculteurs. Alors comme j'aime en particulier les fleurs de montagne, on a créé avec un ami l'association Gentiana qui s'occupe de botanique alpine. Et pour finir, au moment de ma retraite, je me suis aussi engagé à la Frapna.

Dans toutes ces aventures, vous avez butté sur des obstacles récurrents ?
La principale difficulté, comme dans la vie courante, c'est qu'on oublie que les gens, c'est avant tout des humains et des citoyens. Je suis pour la co-construction de tous les projets. On règle le conflit par un compromis qui laisse la place à tout le monde. Être à l'écoute et laisser les citoyens dire ce qu'ils ont à dire, ça s'est un peu perdu avec l'évolution de l'économie. Tout est marchandise, les gens, trop souvent, ne viennent plus chercher une convivialité, mais acheter une chose en étant de ce fait très exigeants. Et puis plus globalement, je trouve que le progrès est trop en avance sur la masse des gens, le progrès économique n'est plus en contact avec la réalité humaine. La société devient autonome et l'humain ne suit pas. Physiquement, la société est-elle encore supportable par un humain ? C'est pour ça que je milite pour l'homme et la nature, mais surtout pour l'homme dans la nature. Et je reste malgré tout confiant.

Et les jeunes que vous avez tant accompagnés, vous n'êtes pas un peu déçu par leur repli aujourd'hui ?
J'ai toujours aimé la jeunesse. Les jeunes sont pas plus mal qu'à notre époque. Ils ont de la connaissance et de la solidarité, et même plus que nous. Je les trouve même plus engagés. Avant, on était engagé sur un plan local, quand on avait un besoin. Maintenant, ils s'engagent à l'international. Ils ne sont pas individualistes, mais ils ont une réticence sur le plan politique et syndical, ils se méfient des organisations. C'est le seul problème d'ailleurs car c'est mieux de venir dans une association où l'on est plus efficace, et où on peut assurer une continuité. Si d'ailleurs j'avais un message à leur faire passer, c'est bien de s'engager. Pour leurs enfants, et les enfants de leurs enfants.